Back
French Lyrics
Table of Contents
French Lyrics
Arthur Graves Canfield
Reading Settings
Font size
18px
Theme
Light
Dark
Sepia
Eye care
Line spacing
Reading mode
Translation Pagera AI
Original Public Domain
Chapter 10 of 65

JEAN BERTAUT

JEAN BERTAUT

CHANSON

         Les Cieux inexorables
         Me sont si rigoureux,
         Que les plus miserables
Se comparans à moy se trouveraient heureux.

         Je ne fais à toute heure
         Que souhaiter la mort,
         Dont la longue demeure
Prolonge dessus moy l'insolence du Sort.

         Mon lict est de mes larmes
         Trempé toutes les nuits:
         Et ne peuvent ses charmes,
Lors mesme que je dors, endormir mes ennuis.

         Si je fay quelque songe
         J'en suis espouvanté,
         Car mesme son mensonge
Exprime de mes maux la triste vérité.

         Toute paix, toute joye
         A pris de moy congé,
         Laissant mon âme en proye
A cent mille soucis dont mon coeur est rongé.

         La pitié, la justice,
         La constance, et la foy,
         Cédant à l'artifice,
Dedans les coeurs humains sont esteintes pour moy.

         L'ingratitude paye
         Ma fidelle amitié:
         La calomnie essaye
A rendre mes tourments indignes de pitié.

         En un cruel orage
         On me laisse périr,
         Et courant au naufrage
Je voy chacun me plaindre et nul me secourir.

         Et ce qui rend plus dure
         La misere où je vy,
         C'est, es maux que j'endure,
La mémoire de l'heur que le Ciel m'a ravi.

         Felicité passée
         Qui ne peux revenir:
         Tourment de ma pensée,
Que n'ai-je en te perdant perdu le souvenir!

         Helas! il ne me reste
         De mes contentements
         Qu'un souvenir funeste,
Qui me les convertit à toute heure en tourments.

         Le sort plein d'injustice
         M'ayant en fin rendu
         Ce reste un pur supplice,
Je serois plus heureux si j'avois plus perdu.

Chapter 10 of 65
|