ACTE II.
ACTE II.
Un site pittoresque aux environs de Naples. Dans le fond, la mer. Des pêcheurs sont occupés à préparer leurs filets et leurs nacelles, d'autres se livrent à différents jeux.
SCÈNE PREMIÈRE.
MASANIELLO, BORELLA, PÊCHEURS.LE CHOEUR.
Amis, le soleil va paraître,
Livrons-nous à des soins nouveaux;
Employons bien le jour qui va renaître,
Et par les jeux égayons nos travaux.
Masaniello parait; quel air sombre et sauvage!
Qui l'afflige?
Notre esclavage. (A Masaniello.) Salut à notre chef!
MASANIELLO.Salut, chers compagnons!
BORELLA.Viens animer nos jeux par tes chansons.
MASANIELLO à part.
Piétro ne revient pas.
BORELLA.Plus de sombre nuage!
Tes refrains nous donnent du coeur;
Et, tu le sais, il nous faut du courage.
Hé bien! répétez donc le refrain du pêcheur,
Et comprenez bien son langage.
Écoutons bien le refrain du pêcheur.
MASANIELLO. COUPLETS. PREMIER COUPLET.Amis, la matinée est belle,
Sur le rivage assemblez-vous;
Montez gaîment votre nacelle,
Et des vents bravez le courroux!
Conduis ta barque avec prudence:
Parle bas, pêcheur, parle bas;
Jette les filets en silence;
La proie au-devant d'eux s'élance.
Parle bas, pêcheur, parle bas
Le roi des mers ne t'échappera pas.
Conduis ta barque avec prudence,
Le roi des mers ne t'échappera pas.
L'heure viendra, sachons l'attendre;
Plus tard nous saurons le saisir.
Le courage fait entreprendre,
Mais l'adresse fait réussir.
Conduis ta barque avec prudence;
Parle bas, pêcheur, parle bas;
Jette tes filets en silence;
La proie au-devant d'eux s'élance.
Parle bas, pêcheur, parle bas
Le roi des mers ne t'échappera pas.
Conduis ta barque avec prudence,
Le roi des mers ne t'échappera pas.
SCÈNE II.
LES PRÉCÉDENTS, PIÉTRO. MASANIELLO.Mais j'aperçois Piétro; ciel! que va-t-il m'apprendre?
(Le prenant à part, et l'amenant au bord du théâtre, pendant que les pêcheurs s'éloignent et retournent à leurs travaux.)
Personne ici ne connaît mon malheur:
Je ne l'ai confié qu'à l'ami le plus tendre.
Parle, as-tu découvert le destin de ma soeur?
De Fenella le sort est encore un mystère;
Vainement j'ai cherché la trace de ses pas;
Sans doute un ravisseur…
O rage! et moi son frère,
Je n'ai pu la sauver! mais de tels attentats
Recevront à la fin leur juste récompense.
Que te reste-t-il?
MASANIELLO.La vengeance!
DUO. MASANIELLO ET PIÉTRO.Pour un esclave est-il quelque danger?
Mieux vaut mourir que rester misérable!
Tombe le joug qui nous accable,
Et sous nos coups périsse l'étranger!
Amour sacré de la patrie,
Rends-nous l'audace et la fierté:
A mon pays je dois la vie;
Il me devra sa liberté.
Me suivras-tu?
PIÉTRO.Je m'attache à tes pas,
Je veux te suivre à la mort…
A la gloire!
PIÉTRO.Soyons unis par le même trépas,
MASANIELLO.Ou couronnés par la même victoire.
ENSEMBLE.Pour un esclave est-il quelque danger!
Mieux vaut mourir que rester misérable!
Tombe le joug qui nous accable,
Et sous nos coups périsse l'étranger!
Songe au pouvoir dont l'abus vous opprime,
Songe à ma soeur arrachée à mes bras!
D'un séducteur peut-être elle est victime!
MASANIELLO.Ah! quel qu'il soit, je jure son trépas!
MASANIELLO ET PIÉTRO.Mieux vaut mourir que rester misérable
Pour un esclave est-il quelque danger?
Tombe le joug qui nous accable,
Et sous nos coups périsse l'étranger!
Amour sacré de la patrie, etc.
(En ce moment Fenella paraît sur le haut du rocher; elle regarde la mer, en mesure la profondeur, et semble prête à s'y précipiter.)
SCÈNE III.
LES PRÉCÉDENTS, FENELLA.MASANIELLO.
Que vois-je? Fenella! quoi! ma soeur en ces lieux!
(A ce cri, Fenella tourne la tête, aperçoit son frère et descend vivement les rochers.)
MASANIELLO, à Piétro.
Le ciel nous entendait, il exauce nos voeux!
(Fenella est descendue, et a été se jeter dans les bras de son frère.)
Je n'ose encore en croire ma tendresse!
Est-ce bien toi que dans mes bras je presse?
Quel motif inconnu te sépara de moi?
FENELLA. _Elle lui fait signe qu'elle le lui dira, mais à lui seul.Piétro s'éloigne.
SCÈNE IV.
MASANIELLO, FENELLA.MASANIELLO.
Eh bien! nous voilà seuls.
FENELLA. Elle lui exprime son désespoir, et lui avoue que sa première intention était de se précipiter dans la mer et d'y finir son existence.
MASANIELLO.Attenter à ta vie!
Grand Dieu!
FENELLA. Mais elle n'a pas voulu mourir avant de le revoir, de l'embrasser, de recevoir son pardon.
MASANIELLO.Ton pardon! et pourquoi!
FENELLA. Elle lui fait entendre qu'elle ne mérite pas sa tendresse: elle lui peint ses remords… Elle s'est donnée à un perfide.
MASANIELLO.O ciel! un séducteur! qu'il craigne ma furie!
Rien ne peut le soustraire à mon ressentiment!
FENELLA. Elle lui fait signe qu'il devait être son époux, qu'il le lui avait juré à la face du ciel, qu'elle a cru son serment.
MASANIELLO.Ce lâche, quel est-il? un Espagnol, peut-être?
FENELLA. Elle répond oui; mais elle ne veut pas le faire connaître; malgré son crime, elle l'aime encore, et pour l'épouser il est d'un rang trop élevé.
MASANIELLO.Qu'importe? il tiendra son serment;
Fenella, je veux le connaître.
FENELLA. Elle lui répond que c'est inutile, qu'il n'est plus d'espérance, qu'il s'est uni à une autre.
MASANIELLO.Eh bien donc! malgré toi, je punirai le traître!
Oui, que ce jour me soit ou non fatal,
Il faut armer le peuple et donner le signal.
En vain tu veux calmer le courroux qui me guide!
Je saurai malgré toi découvrir le perfide.
FENELLA. Elle cherche inutilement à calmer son frère, et s'attache à lui au moment où il court appeler ses compagnons.
SCÈNE V.
MASANIELLO, BORELLA, FENELLA, PÊCHEURS.MASANIELLO, appelant les pêcheurs.
Venez, amis, venez partager mes transports:
Contre nos ennemis unissons nos efforts.
Le vice-roi, doublant notre misère,
Lève un nouvel impôt sur ces fruits de la terre,
Ce prix de nos sueurs qu'il aime à voir couler!
Et le peuple se tait?
MASANIELLO.Il est las de se plaindre!
BORELLA.S'armera-t-il, lui qui n'ose parler?
MASANIELLO.Il ose tant quand il a tout à craindre;
Et c'est à nos tyrans aujourd'hui de trembler!
Chacun à ces cruels doit compte d'une offense;
Et moi plus que vous tous! Courons à la vengeance!
Nous partageons ton fier ressentiment;
De t'obéir nous faisons le serment!
Du silence, de la prudence,
Et le ciel nous protégera.
Toi, mon cher Borella,
Observe bien ces rives.
(Les femmes et les enfants entrent en scène; sur un geste de Masaniello,
Fenella va rejoindre ses compagnes.)
Que ces enfants, que ces femmes craintives
Ne sachent rien de nos secrets,
Et, pour mieux cacher nos projets,
Chantons gaîment la barcarolle,
Charmons ainsi nos courts loisirs.
L'amour s'enfuit, le temps s'envole;
Le temps emporte nos loisirs
Comme les flots notre gondole.
Chantons gaîment la barcarolle,
Charmons ainsi nos courts loisirs.
SCÈNE VI.
LES PRÉCÉDENTS, PIÉTRO.MASANIELLO.
Que veux-tu?
PIÉTRO, à voix basse.
De soldats un corps nombreux s'avance,
Et de Naples à nos pas ils ferment le chemin.
Oui, des tambours annonçant leur présence
J'entends le roulement lointain.
Ne craignez point, trompons leur surveillance
En répétant notre refrain.
Chantons gaîment la barcarolle, etc.
MASANIELLO, à voix basse, à Borella.
Pour cacher des poignards disposez vos filets.
PIÉTRO, de même à quelques autres.
Parmi ses fruits que chacun cache une arme.
MASANIELLO, de même.
Soulevez-vous au premier cri d'alarme,
Au premier signal soyez prêts.
LE CHOEUR, à voix basse.
À Naples! à Naples! au premier cri d'alarme,
Pour combattre nous serons prêts.
(Tout cela se dit à voit basse, tandis que les jeunes filles reprennent en choeur.)
CHOEUR DE JEUNES FILLES.Chantons gaîment la barcarolle,
Charmons ainsi nos cours loisirs;
L'amour s'enfuit, le temps s'envole;
Le temps emporte nos plaisirs
Comme les flots notre gondole.
(Les uns reprennent leurs filets, et les autres montent sur les nacelles; les femmes placent des paniers de fruits sur leur tête: tous s'éloignent et disparaissent en répétant le refrain.)